ORGANISER LA COPROPRIÉTÉ D'USAGE

LES PRODUCTEURS SONT LES UNIQUES CRÉATEURS DE VALEUR ÉCONOMIQUE

4 INSTITUTIONS CAPITALISTES

Qui maîtrise la valeur économique contrôle la production de richesses et détient le pouvoir économique, donc politique. L’histoire du salariat et par extension celle de la classe ouvrière est un long combat pour arracher le contrôle de l’économie à la classe possédante. Depuis les sans-culottes de la Révolution française, en passant par la Commune de 1871, jusqu’aux grèves de Juin 1936 et de Mai 1968, ce fut chaque fois les occasions manquées d’une réappropriation sociale par les producteurs.

 

Un prélèvement illégitime
Aujourd’hui, les salariés représentent 90% de la population active, ils produisent la quasi intégralité des biens et services de notre pays. Même la machine qui automatise la production, c’est encore du travail humain pour la concevoir, l’entretenir, l’améliorer, elle augmente la productivité individuelle. Pourtant, sur la richesse produite collectivement tous les ans, 30% sont prélevés et  pour les profits des actionnaires. Depuis 2009, selon les calculs des ONG Oxfam et le Basic, les entreprises du CAC 40 ont versé plus de 407 milliards d’euros rien qu'en dividendes à leurs actionnaires. L’essentiel de ces sommes est utilisé sur les marchés financiers et non réinvesties comme le prétend le discours dominant.

Rien ne justifie que 30% de la valeur ajoutée marchande échappent au contrôle démocratique de ceux qui la produisent. Surtout qu’en socialisant l’intégralité de la valeur ajoutée sous forme de cotisations, nous pouvons financer un salaire pour tous et les investissements.

Une société de producteurs copropriétaires

de leurs moyens de production

 

Le statut politique du producteur contre l’arbitraire social
C’est d’abord au sein de l’entreprise que se joue le rapport de force qui permet d’imposer la propriété lucrative. Le salarié est lié à son employeur par un rapport de subordination. Il lui doit obéissance en échange de son salaire. S’il est employé, il est donc licenciable, malgré un droit du travail qui doit le protéger de l’arbitraire de son patron. Par ce chantage à l’emploi, surtout en période de chômage de masse, se met en place la pression sur les salaires pour dégager des profits supplémentaires et obliger le salarié à accepter sa condition. C’est n’est pas le salariat en soi qu'il convient d'abolir mais cette situation de dépendance vis-à-vis du marché du travail que vient consacrer la dépossession de son outil de travail. La condition salariale doit s’émanciper de la propriété lucrative et de son rapport archaïque de subordination aux propriétaires des moyens de production. Au même titre que nous avons conquis les droits du citoyen nous devons désormais mettre en place un droit politique du producteur fondé sur la propriété d’usage des moyens de production. Le salarié, parce qu’il crée la valeur doit devenir copropriétaire de son outil de travail et acquérir ainsi un statut politique de producteur.

Une autre organisation du travail
La propriété d’usage, c’est la possibilité pour les salariés librement associés de cogérer démocratqiuement l’entreprise et sa création de valeur. Des milliers de salariés dans les coopératives de production font déjà l’expérience d’une activité sans actionnaire. Un salarié = une voix. Par conséquent, une autre organisation du travail doit voir le jour. Un partage équitable du travail permettra de dégager du temps pour que chacun puisse prendre part aux décisions de l’entreprise. Chaque salarié aura en tant que propriétaire d’usage, une voix au conseil d’administration mais pourra élire ses responsables hiérarchiques. L’entreprise devient un siège majeur de l’exercice des droits : en premier lieu du droit économique, mais aussi du droit à la culture et au débat politique.

 

Une démocratie économique
A l’échelle de la société, nous passons ainsi d’une démocratie représentative (parlementarisme) à une démocratie directe, une économie pilotée démocratiquement pas la base, autrement dit : une République sociale des producteurs. La mise en réseau de la société et les principes collaboratifs liés à l’émergence des nouveaux communs autorisent parfaitement à imaginer un tissu économique développant une capacité d’interactions toujours grandissante et toujours plus fluides dans la prise de décisions démocratiques. Les Grecs se réunissaient dans l’Agora pour délibérer. Les salariés se réuniront dans l’entreprise et dans leurs collectivités locales. Et qu’est-ce qu’Internet sinon une Agora planétaire ? Les potentialités du web, une fois émancipées de ses grandes firmes capitalistes, ouvrent des perspectives infinies pour organiser le tissu économique sur le mode collaboratif à l’échelle de vastes territoires.